Ces temps-ci, je suis saisie, au détour d’une lecture, d’un documentaire ou d’une interview de sœurs protestantes, d’un choc silencieux. Ce n’est pas seulement de l’intérêt intellectuel, c’est une reconnaissance. Sans l’avoir jamais rencontrée, je perçois ce qu’elle porte. Je sens, avec une certitude qui dépasse les mots, que nous habitons la même demeure spirituelle.
C’est, je le crois, une parenté de l’invisible, le mystère des « affinités électives ».
Cette expression de Goethe, dans son célèbre roman du même nom, est empruntée à la chimie. Il décrit comment certains éléments refusent de se mélanger avec d’autres, mais s’unissent fortement à quelques-uns dès qu’ils entrent en contact. Pour moi, c’est exactement cela : une force d’attraction qui se joue au-delà des apparences. Quand j’écoute ou je lis ces femmes, je n’entends pas seulement un discours, j’entends une « grammaire du cœur » que je connais, moi-même, par cœur.
Je n’ai pas mis longtemps à répondre à la question du « pour quoi » de cette résonance. Il s’agit ici non du « pourquoi » (la cause), mais du « pour quoi » (l’objet, la destination) : vers quelle réalité cette affinité est-elle orientée ? Cette parenté d’âme prend sa source et trouve son but dans notre manière commune de percevoir le Cœur du Père.
Ce qui nous rapproche, il me semble, est ce langage commun, ce même sentiment de filiation. Nous nous reconnaissons entre celles qui ne se sentent plus orphelines. Oserais-je dire que nous partageons un secret de famille : nous sommes aimées inconditionnellement, et cette sécurité affective nous permet de ne plus être des filles appliquées à tout faire pour mériter l’amour. Quels que soient leurs mots, j’entends cette même perception du Cœur du Père : un lieu de repos absolu. En percevant Son Cœur comme une source de tendresse infinie, nos âmes s’accordent sur la même fréquence : une sororité de repos.
À cet endroit-là, la performance s’arrête. Il y a dans ces voix protestantes une saveur de liberté qui me bouleverse. Elles nous parlent d’une relation au Père qui est directe, dépouillée, et sans intermédiaire. Nous partageons cette parenté de repos. C’est la beauté de la géométrie divine : plus nous nous rapprochons du Centre (Son Cœur), plus nous nous découvrons proches les unes des autres.
Chaque témoignage que je reçois d’elles est un miroir où je vois ma propre relation à Dieu s’éclairer. C’est une grâce immense de réaliser que, partout dans le monde, des cœurs battent au même rythme, reliés par ce fil invisible mais indestructible : l’amour d’un même Père. Cette proximité n’est pas un effort. C’est une résonance. Hannah Arendt disait que l’amitié est ce qui rend le monde « habitable ». Je crois que cette parenté spirituelle avec ces femmes, qu’elles soient célèbres ou anonymes, est ce qui rend ma foi vivante. Je sens avec elles que nous formons une famille par l’esprit. C’est la grâce de cette parenté : nous ne sommes plus une, mais des milliers à nous tendre vers Toi, en Toi et par Toi, Père. C’est en Ton Cœur que nos affinités se rejoignent, c’est dans Ta communion qu’elles trouvent leur sens, et c’est dans Ton repos qu’elles s’accomplissent. Chaque voix qui témoigne de Ton amour nous ramène à cette évidence simple et infinie : le but de l’affinité est la communion, et son repos est en Toi, Père.
C’est vers Ton Cœur que toute reconnaissance converge, et c’est dans le repos de Ton Cœur que toute affinité trouve son accomplissement.
Contact
Ne manquez rien !
Abonnez-vous à nos envois