SIl y a, dans le mot charisme, un écho qui s’est étouffé sous les voix trop assurées du monde. On y voit la prestance, l’autorité qui captive. On oublie qu’à l’origine, il n’était qu’un Souffle offert, une visitation. Le mot grec « charisma » le dit à nu : il vient de « charis », la grâce. Ce n’est pas un bien, une possession, c’est un don. Ce n’est pas une parure personnelle, c’est une visite, un passage à travers nous.
Dans la langue hébraïque, cette visitation dit que le Souffle Sacré (Rouaḥ), est ce qui anime, ce qui inspire. Il ne se possède pas. Il passe. Comme le dit l’apôtre Paul : « À chacun est donnée la manifestation du souffle pour le profit de tous » (1 Corinthiens 12:7). Le souffle se manifeste, se révèle. Il n’est pas pour moi. Il est par moi, pour l’autre.
Alors, que faire ? Devenir transparent.e. Cesser d’être un mur, pour devenir une fenêtre. Un roseau, creux et droit, par lequel l’Esprit compose sa mélodie. Nous sommes le roseau mais la musique, c’est Lui. Voilà la délivrance : ne plus « devoir être » pour simplement « laisser passer ». Je pensais ce matin à la beauté de l’inutilité personnelle pour entrer dans la libération immense de ce dépouillement qui laisse entrer l’infini.
Mais avant la manifestation, il y a la terre. Avant la mélodie, il y a le roseau qui pousse. C’est là que les talents ont toute leur importance et prennent sens. Dans la parabole dite des talents, le Maître donne à chacun « selon sa force propre » (Matthieu 25:15). Le talent, je le vis ainsi, c’est notre terre labourée, notre voix exercée, notre quotidien façonné. C’est notre responsabilité d’homme et de femme, cette part reçue à faire fructifier. Le talent, c’est ce que je suis, avec mes mains, mon histoire, ma fragilité. Le charisme, c’est ce qu’Il fait de moi pour un autre, pour la communauté, pour le corps de Christ, en somme c’est Sa Trace qui se manifeste par moi. Le premier est semence ; le second, moisson imprévue. Oui, je le crois, s’Il se manifeste en nous traversant c’est pour notre propre émerveillement : il y a une joie profonde à voir le Vivant toucher Sa Création à travers notre simplicité. Avoir en soi Ses promesses, et s’entendre prononcer une parole qui console au-delà de tout art oratoire. Avoir ouvert ses mains, et les voir devenir, un instant, lieu de guérison. Avoir écrit un message et arroser un cœur qui avait soif. Avoir ouvert la bouche et donner une parole de connaissance à une personne que l’on ne connait pas.
Ici, le singulier rejoint le pluriel. Le « je » se fond dans le « nous ». Car le Souffle ne visite jamais un être pour qu’il brille seul. Il visite pour le Corps. « Car, de même que le corps est un et a de nombreux membres, et tous les membres du corps, nombreux, sont un seul corps, ainsi aussi le Messie » (1 Corinthiens 12:12). Ainsi dont le talent de l’un soutient la défaillance de l’autre. Le charisme donné à l’une irrigue la sécheresse d’une autre.
Dons et talents offerts respirent et font respirer la communauté tout entière. C’est la grande sagesse du Corps : la main ne jalouse pas l’oreille. L’œil ne méprise pas le pied. « Si tout était un seul membre, où serait le corps ? » (1 Corinthiens 12:19). Chaque manifestation est un fil dans la trame commune, une pierre dans la demeure de Dieu. Telle est la Volonté du Père pour nous, ses enfants ! Que ceux qui doivent entendre entendent…
Au final, nous restons les mains vides.
Mais le cœur plein.
Plein de voir la vie circuler, le souffle jouer de nos différences, et l’amour devenir la seule mesure de toute chose.
Être soi, alors, ce n’est pas s’affirmer avec force.
C’est s’accueillir comme un réceptacle,
Honorer ses talents avec fidélité…
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