Nous savons tous que notre cerveau est une machine extraordinaire, et avant tout, une fabrique de cohérence. Sa fonction première ? Nous préserver, nous maintenir en équilibre dans un monde aux informations chaotiques. Dès qu’il perçoit une dissonance, une faille dans la trame de notre réalité, il s’empresse de la colmater avec un mortier narratif. Ce mécanisme est précieux pour notre survie, mais il peut se révéler un leurre dans la quête d’une vérité plus profonde. Voilà le paradoxe du dessein de Celui qui nous a ainsi formés : Il nous a dotés d’un instrument si efficace qu’il peut parfois se retourner et s’employer à forger une spiritualité de confort, taillée sur mesure… et étrangement conforme à nos souhaits les plus intimes.
Alors, comment faire la différence entre le doux murmure de l’Esprit et le chuchotement déguisé de notre égo ? Pour le comprendre, explorons les rouages de ces pièges cérébraux que sont les biais cognitifs.
Il faut savoir que notre cerveau cherche instinctivement le chemin de la moindre résistance, quitte à emprunter des raccourcis qui déforment la réalité. Prenons d’abord le cas du biais de confirmation. C’est lui qui nous pousse à traquer tout ce qui valide ce que nous souhaitons croire, en ignorant élégamment le reste. Je me souviens, par exemple, de cette première conférence de guérison où je me suis présentée, sans attente particulière. L’apôtre a invité à déposer ses vœux de guérison. J’ai pensé à ma thyroïde. La prière fut fervente. En sortant, j’étais intimement, viscéralement convaincue d’être guérie. Une paix ! Une certitude ! J’ai arrêté mon traitement, fait mes analyses habituelles. Les résultats étaient parfaits, même meilleurs qu’avant. Évidemment, j’en ai parlé à quelques sœurs en Christ, le cœur joyeux. Seulement voilà, un mois plus tard, les indicateurs sanguins étaient au rouge vif. La réalité avait rattrapé ma conviction. J’ai dû faire mon mea culpa et démentir mon témoignage prématuré. Mon cerveau avait pris un désir intense pour une révélation divine, filtrant tout signe contradictoire.
Vient ensuite le biais d’autorité. Combien de fois un point biblique, une direction, devient-il soudain indiscutable parce qu’émanant d’une voix que nous respectons ? La fonction, l’érudition en grec et hébreu, le charisme font un tel écran de lumière qu’il devient presque impensable de questionner. Pourtant, l’exemple des Béréens dans la Bible nous montre la voie : ils examinaient chaque jour les Écritures pour vérifier si ce qui leur était annoncé était exact. L’onction ne dispense pas de la vérification.
Enfin, il y a le biais de transfert, ou de projection. Nous avons tous des besoins profonds d’amour, de reconnaissance, de sécurité. Le danger est de projeter ces besoins sur le caractère de Dieu, créant inconsciemment un « Dieu » sur mesure, un Père céleste qui nous dirait exactement ce que nous avons envie d’entendre pour rester bien au chaud dans notre zone de confort. Le fameux « Dieu me dit … », ou le « Dieu comprend que… (par exemple, je ne doive pas pardonner cette fois-ci )»… Ainsi naît l’illusion d’un Dieu ventriloque, dont la voix a un étrange accent qui ressemble au nôtre.
C’est ici qu’il nous faut mettre à jour un malentendu crucial : l’auto-conviction n’est pas le discernement. L’auto-conviction est une artiste de l’illusion. Elle se pare souvent des atours de la « paix intérieure », alors qu’en réalité nous avons simplement cédé à notre volonté propre. Le signe qui doit nous alerter ? Si la « volonté de Dieu » nous évite scrupuleusement tout effort coûteux, ou nous donne toujours raison contre les autres, il y a de fortes chances que nous soyons en grande conversation avec nous-mêmes.
Pourquoi ce sentiment est-il suspect ? Parce que la volonté authentique de Dieu est rarement le chemin de la facilité pour notre nature humaine. Elle demande de mourir à notre chair et emprunte le sentier escarpé qui mène à la croix. C’est bel et bien un chemin de mort à soi-même. Il vient heurter de front nos ambitions, nous appelle à l’humilité quand nous brûlons de briller, au pardon quand nous rêvons de justice éclatante. Si votre discernement vous conduit toujours vers ce qui vous conforte, vous grandit à vos propres yeux sans demander le moindre renoncement, méfiez-vous. La croix est le filtre ultime : est-ce que cette direction tue mon orgueil ou le nourrit ?
Au final, la foi authentique n’est pas une machine à valider nos désirs profonds. C’est une obéissance, parfois déroutante, qui en appelle une autre, puis une autre, nous conduisant à devenir, non pas les scénaristes de notre propre salut, mais les personnages confiants d’une histoire bien plus grande, écrite par Celui qui a créé notre cerveau… et qui connaît parfaitement ses petits tours!
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