Ce matin, l’Esprit Saint a attiré mon attention sur un passage des Ecritures sur lequel jusque là j’étais passée trop rapidement. Alors, mes yeux et mon cœur ont fait une halte au bord des eaux du Jourdain (le fleuve historique de la région, qui traverse aujourd’hui la Jordanie, Israël et la Cisjordanie, et qui est notamment connu comme le lieu où Jésus a été baptisé). Non pas que mes pieds aient foulé cette rive lointaine, mais mon âme, en lisant les Écritures, s’y est posée. Là, s’est déroulé un événement singulier, presque imperceptible dans la grande tapisserie biblique, et pourtant si dense d’encouragement que j’ai eu à cœur de le mettre au centre de ce billet.
L’histoire est consignée dans le deuxième livre des Rois, au chapitre six. Le contexte est celui d’une belle effervescence spirituelle : le cercle des disciples du prophète Élisée, appelés « les fils des prophètes » – ces hommes qui apprenaient à son école et poursuivaient son héritage –, s’agrandit. Le lieu de rencontre et de prière est devenu trop étroit, signe d’une œuvre de Dieu qui avance ! Ils décident donc, d’un commun accord avec Élisée, de construire un espace plus grand. L’enthousiasme est là, le travail communautaire aussi.
Je vous invite à lire le texte lui-même, dans deux versions. Le premier, dans une traduction très près de la langue hébraïque, celle d’André Chouraqui, à laquelle je suis très sensible :
« Les Benéi Hanneviim disent à Élisha‘ : « Vois, donc, le lieu où nous habitons en ta présence est étroit pour nous. Allons jusqu’au Yardèn. Nous prendrons de là chacun une poutre. Nous nous ferons un lieu pour y habiter. » Il dit : « Allez ! » Un homme dit : « Consens, je te prie, à venir avec tes serviteurs. » Il dit : « Moi, je viens. » Il va avec eux. Ils viennent au Yardèn et coupent les arbres. Et voici : l’un d’eux, en abattant la poutre, fait tomber le fer dans les eaux. Il crie et dit : « Hélas, mon Adôn ! C’est un prêt ! » L’homme de l’Élohîms dit : « Où est-il tombé ? » Il lui montre le lieu. Il coupe un bâton, le jette là, fait flotter le fer. Il dit : « Enlève-le à toi ! » Il étend sa main et le prend. »
Puis, dans une traduction plus courante :
« Les fils des prophètes dirent à Élisée : Voici, le lieu où nous demeurons près de toi est trop étroit pour nous. Allons jusqu’au Jourdain ; nous prendrons chacun une poutre, et nous nous y bâtirons un lieu pour y habiter. Et il dit : Allez. Et l’un d’eux dit : Consens à venir avec tes serviteurs. Et il répondit : J’irai. Il partit donc avec eux. Et quand ils furent arrivés au Jourdain, ils coupèrent du bois. Mais comme un d’entre eux abattait une poutre, le fer tomba dans l’eau. Et il s’écria : Hélas, mon maître ! Il était emprunté ! Et l’homme de Dieu dit : Où est-il tombé ? Et il lui montra l’endroit. Alors Élisée coupa un morceau de bois, le jeta à la même place, et fit ainsi surnager le fer. Puis il dit : Relève-le. Et l’homme avança la main et le prit. »
Je regarde la scène : le travail avance, le bois craque sous les coups, jusqu’à ce cri étouffé qui perce le bruit de l’eau et du travail : la lame de fer de la hache a glissé, engloutie par le courant. « Hélas ! Et elle était empruntée ! » La perte est double : un outil vital pour la tâche commune, et une dette envers un frère. C’est alors qu’Élisée, l’homme de Dieu, intervient avec cette sérénité qui naît d’une certitude absolue. Un morceau de bois coupé, jeté à l’endroit précis. Et le fer, miraculeusement, défie les lois, remonte à la surface. « Prends-le. » L’homme tend la main et saisit l’impossible rendu palpable.
Pourquoi donc Dieu, par son prophète, a-t-Il accompli ce signe pour un objet si commun ? Je crois que le miracle ne réside pas seulement dans la suspension d’une loi physique, mais dans la révélation profonde d’une loi spirituelle. Il nous parle aujourd’hui avec une force intacte.
Il nous murmure d’abord que rien, absolument rien, n’est trop petit pour le cœur du Père. Cela nous enseigne à nous tourner vers Lui, quel que soit le besoin. A prendre exemple sur celui qui, en détresse, ne s’est pas tu par honte de la petitesse de son problème face à la grandeur de la mission. Il a crié sa peine. Et Dieu, par ce fer flottant, nous rappelle qu’aucune de nos préoccupations n’est trop modeste pour Son attention. Qu’il s’agisse d’un souci financier qui nous étreint, d’une angoisse émotionnelle qui nous submerge, d’une difficulté relationnelle ou d’une sécheresse spirituelle qui nous alourdit, Il peut rendre l’impossible léger, faire flotter ce qui nous entraîne vers le fond. Le miracle est une invitation à Lui confier tout, absolument tout, avec la confiance d’un enfant. Car, vraiment Lui seul peut, d’un mot, rendre nos défis légers, les faire surnager à la surface pour les résoudre.
Ensuite, ce récit dessine une posture du cœur face à la crise : le calme et la fidélité. Élisée ne s’agite pas. Il ne panique pas, ni ne reproche pas la maladresse. Il agit avec une sérénité qui vient de sa certitude en Dieu. Je crois que cela nous révèle que la panique disperse ; la foi rassemble toutes nos forces brisées et les dépose à Ses pieds.
Et comment ne pas voir, dans ce bois jeté à l’eau, la douce sollicitude de Dieu pour la communauté ? Le fer était emprunté ; sa perte concernait tout le corps. En le sauvant, Dieu restaure plus qu’un outil : Il préserve le lien, la paix fraternelle, l’élan commun. C’est souvent à travers un regard, une parole, une main tendue d’un frère ou d’une sœur que Dieu fait miraculeusement flotter la solution que nous cherchions seuls, du reste.
Enfin, il révèle l’amour infini et attentif de notre Père. Il se penche sur le concret de nos vies. Il voit notre sueur, entend nos soupirs, connaît le poids de ce qui est « emprunté » (nos dettes, nos échecs, nos obligations). C’est une fenêtre ouverte sur le cœur du Père, qui pourvoit, au-delà de toute logique.
Nous sommes d’accord n’est ce pas, l’histoire de la hache flottante n’est pas une simple curiosité biblique ! C’est une parabole vivante, offerte à tout cœur qui cherche une ancre. Elle nous enseigne, que dans le tumulte de nos défis personnels, que rien n’est trop lourd, rien n’est trop perdu pour Lui. Dans le tumulte de nos vies, Il nous invite à crier, à garder foi, à nous tenir par la main, et à tendre le bras pour recevoir Son secours, toujours surprenant, toujours à point.
Car le Dieu qui fait flotter le fer est Celui qui veut alléger nos vies et nous réconcilier pleinement avec le rythme doux et puissant de Son cœur de Père. À Lui soit toute la gloire, pour ce miracle d’hier qui éclaire et porte nos aujourd’hui.
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