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Il y a des êtres qu’il nous est facile d’aimer. Leur présence repose, leur manière d’être nous rejoint naturellement. Et puis il y a les autres : ceux qui nous agacent, nous dérangent, nous fatiguent ou nous blessent parfois malgré eux. Ceux dont certaines attitudes réveillent en nous l’impatience, le rejet ou le désir de garder nos distances.

Pourtant, l’amour chrétien commence peut-être précisément là. Chercher à aimer ceux que nous n’aurions jamais choisis. Faire de celui qui nous pèse l’objet intentionnel de notre amour. Non par hypocrisie, ni par simple effort moral, mais parce que « l’amour excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout » (1 Corinthiens 13 : 7).

Cela peut être ce collègue avec lequel travailler est réellement éprouvant. Cette personne à la caisse du magasin qui semble prendre tout son temps quand nous sommes pressés. Ce voisin désagréable. Ou encore cette personne dans la rue dont l’odeur nous pousse instinctivement à détourner le regard.

L’Évangile ne nous demande pas d’aimer seulement ce qui nous ressemble ou nous attire naturellement. Il nous appelle à revêtir « des sentiments de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur, de patience » et à nous supporter les uns les autres dans l’amour (Colossiens 3 :12-14).

Aimer ainsi devient alors un objectif intérieur, une direction donnée au cœur.

Et lorsque nous n’y parvenons pas, l’Esprit Saint vient parfois lui-même ouvrir un passage.

J’ai un voisin avec qui toutes mes tentatives semblaient vouées à l’échec. Chaque échange retombait aussitôt dans une tension pénible, jusqu’au jour où un malentendu supplémentaire a fini par creuser davantage encore la distance : nous avons décidé de nous éviter soigneusement.

Un jour pourtant, en allant jeter mes poubelles, j’ai aperçu au loin une silhouette étrange. Ma vue semblait brouillée, comme voilée d’une manière inhabituelle. Je ne distinguais pas clairement qui avançait vers moi. Ce n’est qu’au dernier moment, presque face à face, que j’ai reconnu ce voisin. J’ai tout de suite compris intérieurement que cette rencontre avait été comme organisée malgré nous. Impossible cette fois d’éviter le croisement. Alors j’ai obéi et j’ai pris l’initiative d’un simple bonjour. Il a répondu. Depuis, nos échanges se limitent encore à cela. Mais ce minimum de reconnaissance mutuelle existe désormais. Une petite brèche s’est ouverte. Et parfois, c’est déjà beaucoup.

Car aimer ne signifie pas toujours devenir proches. L’Écriture elle-même nous rappelle : « Autant que cela dépend de vous, soyez en paix avec tous » (Romains 12 :18).

Le reste appartient souvent à Dieu.

Alors peut-être pouvons-nous nous laisser déplacer par un petit défi très concret : poser aujourd’hui un acte d’amour envers la personne qu’il nous est le plus difficile d’aimer. Un simple bonjour, une attention discrète, un sourire, une parole paisible, un geste de patience… parfois il ne faut presque rien pour qu’une brèche s’ouvre dans la dureté des relations.

Ces frôlements d’amour semblent minuscules, mais Dieu sait les faire devenir des commencements.

 

Frôlements d’amour est une rubrique de l’ouvroir des cœurs qui vient s’inscrire dans le sillage des Éclats d’Évangile. Elle cherche à dire ce que signifie avoir reçu la lumière et l’amour : être appelés à aimer notre prochain comme nous-mêmes. À travers ces fragments, le langage s’élargit, comme le cœur s’ouvre et s’étend, laissant affleurer ces touches d’amour qui, discrètement, témoignent de la présence de Dieu.

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