Nadia Bendjilali
Le rendez-vous avec les mots est une expérience qui jalonne ma vie. J’écris comme d’autres vivent. Je vis et j’écris. Je marche et j’écris. Je voyage et j’écris. J’ouvre les yeux et je les ouvre sur des mots. Je tisse [avec]les mots, simplement.
L’écriture m’accompagne depuis l’enfance comme un talent reçu, bien avant que je sache ce que j’en ferais.
Je me souviens de mon institutrice, en école primaire, qui avait convoqué ma mère pour lui conseiller de me faire découvrir la bibliothèque municipale. Elle avait remarqué combien j’écrivais bien et pensait que la fréquentation des livres pourrait encore nourrir ce « talent naturel ».
Je me souviens aussi de l’une de mes premières entrées dans cette bibliothèque, probablement en CM2. Devant tous ces rayonnages, je me suis demandé comment choisir. Avec l’intensité et le zèle qui me caractérisaient déjà, j’ai alors décidé, dans ma tête d’enfant, de lire de A à Z.
Je n’ai évidemment pas lu toute la bibliothèque. Mais j’ai beaucoup lu. Et plus je lisais, plus quelque chose m’émerveillait : derrière les livres, derrière les histoires, derrière les mots, je découvrais de l'émerveillement devant les merveilles de la création et pour Celui qui était derrière tout cela (moi y compris).
L’écriture a ensuite trouvé sa place dans ma vie simplement. J'écrivais...et ainsi ma vie professionnelle est une série d’expériences où l’écriture est devenue naturellement mon moyen d'expression : pour défendre des projets culturels entre les deux rives de la Méditerranée et dans l’espace francophone, le journalisme de presse écrite, pour participer à la construction du superbe MuCEM -Musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée, premier musée national de France, hors de Paris- , pour accompagner des musiciens de jazz comme des documentaristes comme des danseurs contemporains ou des metteurs en scène à valoriser leurs créations.
Il y a eu, derrière ces expériences, un même mouvement : faire circuler les paroles, rendre visibles des mondes parfois éloignés, créer de la porosité entre les milieux artistiques, le monde universitaire, les quartiers populaires et les histoires singulières.
Mon écriture s’est exercée dans des contextes humains très concrets et pluriels :
auprès de femmes en transformation ou en reconstruction,
dans des situations de sortie de relations destructrices,
en soins palliatifs, en hôpitaux psychiatriques,
auprès de personnes étrangères ou en situation d’exil,
comme auprès d'équipes professionnelles en recherche de sens et de lien.
Elle a été aussi une écriture du quotidien et du vivant : marcher en écrivant dans sa tête, écrire les pieds dans l’eau, prendre soin d’un nouveau-né pendant que sa mère était à l’hôpital entre la vie et la mort, écrire dans des périodes de brisement de l’âme ou de deuil, ouvrir des carnets, écrire parfois sans stylo.
Fille de mineur de fond, j’aime occuper ma vie à extraire de mon for intérieur des mots minerais pour en faire une matière rayonnante, généreuse et vibrante.
Et j’aime aussi ce mouvement complémentaire : faire émerger à la lumière les mots de chacun et de chacune, leur donner espace, forme et écoute.
D’un troisième cycle en Sciences Politiques à un DU de création littéraire, je me suis engagée dans le monde comme tisseuse de mots et de culture.
Formée en histoires de vie et en accompagnement par l’écriture, j’ai goûté profondément le fait d’accompagner des personnes, même débutantes, à rencontrer leur propre parole. J’ai conduis des projets collectifs, avec et pour des publics éloignés de la parole dans la sphère publique, il a été question de proposer une fabrique d’écriture pour donner à entendre sur la scène du Monde la singularité humaine dans l’amour.
(Voir l’onglet fabrique d’écriture & traversées)
Il y a bien une dimension plus récente de mon écriture. : celle de témoin.
Je n’ai pas cherché à m’attribuer une fonction spirituelle. Je n’ai pas décidé de devenir porte-parole de Dieu.
J’ai simplement continué à écrire.
À écouter.
À prier.
À chercher.
À éprouver ce que je recevais à la lumière des Écritures.
Je peux seulement constater qu’une forme d’écriture s’est progressivement dessinée : écrire depuis ce que je vis, ce que je traverse, ce que je reçois, et témoigner des esquisses de réponses qui émergent dans ma vie avec Dieu.
C’est dans ce chemin qu’est né l’Ouvroir des cœurs.
Je le reçois comme un prolongement du talent d’écriture qui m’accompagne depuis l’enfance, désormais placé devant Dieu comme une offrande.
J’écris parce que je suis moi-même en chemin.
Mes textes peuvent être poétiques, sensibles, incarnés. Mais je désire qu’ils demeurent profondément bibliques : l’expérience personnelle ne remplace jamais l’Écriture.
Je cherche donc à revenir sans cesse aux Ecritures, à laisser mes intuitions, mes émotions et mes compréhensions être éprouvées par elles. La Bible demeure mon repère pour discerner ce qui vient réellement de Dieu et pour apprendre à marcher fidèlement avec Christ.
Cette conviction rejoint les grands principes de la Réforme :
Sola Scriptura — l’Écriture seule comme autorité.
Sola gratia — la grâce seule comme fondement de mon salut.
Solus Christus — Christ seul comme centre et comme chemin.
Soli Deo gloria — à Dieu seul la gloire.
Mon écriture aujourd’hui est consacrée dans son intention : aimer Dieu et aimer les autres à travers ce que les mots permettent de révéler, de relier et de faire naître, dans le désir de demeurer tournée vers le Cœur du Père.
C’est aujourd’hui mon chemin avec les mots : recevoir, discerner, écrire et témoigner, pour la gloire de Dieu seul.
De ce chemin est né l’Ouvroir des cœurs : découvrez sa page de présentation et son blog
