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Il existe des saisons où Dieu nous conduit là où nous n'aurions jamais choisi d'aller. Des saisons où les portes se ferment les unes après les autres. Où la terre semble craquelée sous nos pas. Où les certitudes s'évaporent comme une rosée sous le soleil brûlant. Où les appuis que l'on croyait solides se dérobent, et où l'âme apprend la soif. Depuis plusieurs mois, je traverse ce désert.

Je cherche un lieu où demeurer, un endroit où déposer mes valises, un lieu où reprendre souffle. Pourtant, chaque démarche semble s'achever devant une impasse. À mesure que les refus s'accumulent, une autre voix cherche à se faire entendre : celle du découragement, de la peur, de l'accusation, du mensonge et du doute.

Hier, je n'avais plus de force. Je me suis effondrée devant Lui. Je n'avais plus rien à présenter, plus de stratégie, plus de réponse. Seulement un cœur fatigué qui venait déposer son fardeau. Les genoux au sol, dans un cri mêlé de larmes, j'ai dit : « Seigneur, j'arrête. Je n'avance plus dans cette direction. Je ne sais plus quoi faire. Je Te remets ce chemin. »

Et dans ce lieu d'abandon, ce verset est revenu traverser mon cœur : « Arrêtez, et sachez que je suis Dieu. » (Psaume 46.11) Ce n'était pas une parole d'immobilité stérile. C'était un appel à revenir à l'essentiel. À cesser de vouloir porter ce que Dieu seul peut porter.

Et dans le silence de ce dépouillement, mon regard s'est transformé immédiatement : l'impasse n'est pas toujours l'échec du chemin. Elle peut être l'indication d'un changement de direction. J'expérimente une nouvelle fois cette vérité : c'est au creux du dépouillement que le véritable discernement prend racine. Lorsque tout semble disparaître  il reste l'essentiel : la voix de Dieu.

Et lorsque tout s'efface autour de nous, Sa voix devient plus précieuse encore.

Le désert. C’est là qu’Il arrache ce qui empêche la racine de descendre plus profond. Sous cette terre sèche, même si je ne le vois pas, je sais que Dieu prépare déjà une source.

Alors résonne cette promesse du prophète Osée : « C'est pourquoi voici, je veux la séduire, je la conduirai au désert, et je parlerai à son cœur. » (Osée 2.16)

Ce verset révèle un mystère du cœur de Dieu. Le désert n'est pas le lieu de Son absence, mais celui d'une rencontre plus profonde. Dieu conduit parfois à l'écart pour libérer notre cœur du bruit, des illusions et des faux appuis. Il nous attire dans un espace où nous ne pouvons plus nous cacher derrière nos propres forces, afin que nous découvrions Son amour comme notre véritable demeure.

Dans le désert, Dieu ne parle pas seulement à nos oreilles. Il parle au plus profond de notre être. Il restaure. Il guérit. Il réoriente. Dans cette saison, j'apprends aussi à distinguer la semence de l'ivraie. Et ce discernement n'est pas toujours facile.

Protéger la semence, c'est apprendre à reconnaître ce qui vient nourrir la vie que Dieu fait grandir en nous. C'est fermer les portes qui dispersent notre âme. C'est dire non aux chemins qui semblent prometteurs mais qui ne portent pas de fruit. C'est préserver cet espace intérieur où Dieu travaille dans le secret. Car toute semence a besoin d'une saison cachée avant de devenir un arbre.

La semence accepte d'être enfouie. Elle disparaît aux regards, mais elle n'est jamais oubliée par Celui qui l'a déposée dans la terre.

Aujourd'hui, je ne connais pas le prochain pas. Je ne sais pas encore où sera ma demeure. Mais je demeure en Lui. Et j'ai compris une chose précieuse : le pas d'aujourd'hui n'est pas de résoudre demain. Le pas d'aujourd'hui est de m'arrêter devant Dieu, au cœur de l’impasse, ne pas m’agiter. Malgré les vagues, demeurer en Lui ! Oui, s'arrêter n'est pas abandonner. S'arrêter, c'est reconnaître que Dieu demeure souverain même lorsque mes chemins deviennent flous. Ce repos imposé par les circonstances n'est pas une perte de temps. C'est un retour à la source. C'est l'instant où, n'ayant plus rien à bâtir de mes propres mains, je laisse Dieu bâtir en moi ce qui portera un fruit éternel. Protéger la semence, c'est aussi accepter que le jardin soit parfois entouré d'une clôture. Non par rejet du monde. Mais par amour pour Celui qui a semé Sa Parole en nous.

Tout jardin de Dieu connaît des saisons où il faut protéger ce qui est fragile. Nous ne pouvons pas laisser toutes les voix entrer, toutes les influences façonner notre terre intérieure, toutes les mains toucher ce que Dieu est encore en train de faire grandir. La solitude est une grâce. Un lieu où la paix de Dieu, « qui surpasse toute intelligence » (Philippiens 4.7), garde notre cœur et nos pensées en Jésus-Christ.

Je ne sais pas ce que les prochains jours me réservent. Je ne sais pas encore quelle porte Dieu ouvrira. Mais je sais ceci : le dépouillement n'est jamais la fin de l'histoire. Dans les mains de Dieu, la terre aride peut devenir un lieu de naissance. Le désert peut devenir un lieu de révélation. La semence cachée peut devenir une moisson. Aujourd'hui, je suis à l'arrêt. Et dans cet arrêt, je contemple le Seigneur. C'est assez. Je reconnais aussi que j'ai parfois voulu avancer plus vite que Lui. J'ai cherché des réponses avant de chercher Sa présence. J'ai voulu comprendre avant de simplement faire confiance. Alors je Lui demande pardon. Et dans Sa grâce, Il ne m'accuse pas. Il m'appelle simplement à revenir près de Lui. Car Il est le Dieu fidèle. Celui qui conduit dans le désert, mais qui fait aussi jaillir des sources dans les lieux desséchés.

« Voici, je vais faire une chose nouvelle, sur le point d'arriver : ne la connaîtrez-vous pas ? Je mettrai un chemin dans le désert, et des fleuves dans la solitude. » (Ésaïe 43.19)

À Lui seul soit toute la gloire. Je choisis de Lui faire confiance.

La semence est entre Ses mains.

Et ce qu'Il a commencé, Lui seul saura l'accomplir.