Dans une maison, plusieurs hôtes s’étaient réunis. Chacun avait apporté avec lui un peu de ce que les années lui avaient appris : des livres, des expériences, des outils, des façons de faire. Peu à peu, tout cela avait pris place dans un grand placard, au fond de la pièce. Il y avait là des ouvrages de toutes sortes, des méthodes éprouvées, des souvenirs, des notes… et bien entendu plusieurs Bibles, dans différentes traductions.
On y trouvait de quoi chercher, comprendre, répondre. Alors, lorsqu’une question surgissait, le réflexe était presque toujours le même : on se levait, on ouvrait le placard et l’on cherchait parmi ce que l’on connaissait déjà.
Chacun voulait bien faire. Chacun avait quelque chose à apporter. Pourtant, dans la vie de tous les jours, les habitudes finissent parfois par parler plus fort que ce que l’on a pourtant lu, entendu et reçu. Sans même s’en rendre compte, on revient à ses réflexes, à ses façons de faire, à ce que l’on connaît déjà. Et peu à peu, l’Ecriture peut rester là, bien présente, bien connue, mais comme déposée sur une étagère, tandis que la vie continue de suivre ses anciens chemins.
Un jour, le Maître entra dans la maison.
Il ne dit rien. Il ne reprocha à personne d’avoir rempli le placard. Il vint simplement s’asseoir à la table. Là, Il demeura, paisible.
Pendant un instant, personne ne sut vraiment quoi faire. Puis l’agitation reprit. L’un se leva, puis l’autre. Les habitudes reprenaient leur place. Chacun voulait bien faire. L’un d’eux se précipita vers le placard. Il ouvrit les portes, parcourut les étagères, chercha parmi tout ce qu’il connaissait déjà.
Mais l’une d’entre eux s’arrêta.
Son regard se posa sur Celui qui était assis à la table. Elle regarda ses propres mains. Puis le placard. Puis à nouveau le Maître. Et quelque chose, en elle, se fit silencieusement.
Elle comprit qu’il n’était pas nécessaire de courir chercher ce qu’elle avait déjà appris. Elle vint s’asseoir à la table. Elle ne chercha plus à démontrer. Elle ne chercha même plus à comprendre avant d’avoir écouté. Elle demeura là.
Et, dans ce silence, elle découvrit que le Maître n’attendait pas d’elle qu’elle apporte quelque chose. Il attendait seulement qu’elle soit là.
Jean-Baptiste, dans la Bible, avait connu ce mouvement intérieur. Lorsque le Christ se manifesta devant lui, il ne chercha pas à retenir ce qui lui avait été confié. Il reconnut simplement Celui qui venait après lui. Et il dit : « Il faut qu’il croisse, et que je diminue. » (Jean 3:30)
Le Maître ne nous demande pas seulement d’écouter sa Parole. Il nous demande de la mettre en pratique. De la laisser passer de ce que nous entendons à ce que nous vivons. De sorte qu’elle ne reste pas seulement une parole comprise, mais devienne un chemin emprunté, une décision, un geste, une manière d’être. Comme il est écrit : « Mettez en pratique la parole, et ne vous bornez pas à l’écouter. » (Jacques 1:22)
Peut-être comprenons-nous que certaines choses ne se découvrent pas en accumulant davantage. Elles se reçoivent, simplement, puis elles se vivent. Elles s’éclairent autrement lorsque nous acceptons de quitter nos réflexes pour entrer dans l’obéissance.
Et parfois, la lumière vient précisément lorsque nous cessons de chercher dans le placard ce que le Maître veut déposer à la table.
Alors peut-être découvrons-nous que la question n’était pas de savoir si nous avions quelque chose à apporter, mais si nous étions disposées à nous asseoir. À écouter. À recevoir. Puis à nous lever autrement.
Car ce qui vient de l’Esprit ne se conquiert pas à force d’intelligence. Cela se reçoit, se laisse pénétrer, puis se met en pratique.
Et peut-être que celle ou celui qui doit entendre entendra.
.
