Je peux parler de mille choses. M’émerveiller devant la beauté du monde, me perdre dans une réflexion, accueillir les confidences d’une âme ou traverser avec d’autres les heures difficiles de l’existence. Je peux parler de la vie, de ses mystères, de ses blessures et de ses merveilles. Mais il y a en moi un lieu où toutes les conversations finissent par revenir, une présence dont mon cœur ne se détourne jamais tout à fait.
Dieu.
Je pourrais tenter de retenir Son nom, le garder pour moi, le déposer dans le secret de mon âme comme une confidence trop précieuse pour être partagée. Mais comment enfermer en soi ce qui vous a rendu la vie ? Comment taire Celui dont l’amour a rejoint jusqu’aux endroits de mon être où je ne savais plus espérer ?
Non, si mes mots reviennent si souvent à Lui, ce n’est ni par habitude ni par volonté de convaincre. C’est parce qu’Il est au cœur de mon histoire. Il est cette source intérieure à laquelle mon âme revient sans cesse, cette eau vive qui m’a désaltérée et dont l’amour déborde jusque dans mes paroles. Je ne cherche pas à ramener chaque conversation à Dieu. Mais comment faire comme si Celui qui a tant compté dans ma vie n’en faisait pas partie ?
Je comprends que cette spontanéité puisse susciter une réserve et je le constate quasiment à chaque fois que je le nomme simplement. Je vois dans les réactions la peur d’un énième discours religieux, de convictions répétées sans écoute, une volonté de rallier l’autre à ses idées. Je le comprends. Mais ne vous inquiétez donc pas, je ne voudrais pas que ma foi devienne un mur, ni qu’un discours sur l’amour finisse par étouffer la liberté de celui qui l’écoute. Je ne veux forcer aucune porte. Je ne veux pas contraindre une conscience ni arracher une adhésion. Je voudrais simplement pouvoir parler librement de Celui que j’aime, témoigner de ce qui m’a relevée, de ce qui m’a rendu l’espérance et m’a appris à vivre autrement.
Car comment taire ce qui a contribué à me reconstruire ? Comment dissimuler la source lorsque c’est d’elle que je tiens mon souffle ?
Mon Dieu, je T’aime.
Et ces mots, si simples à prononcer, me semblent presque trop petits devant ce que Tu es pour moi. Comment faire tenir dans une phrase Celui qui a rejoint mes nuits, recueilli mes larmes et rendu à mon âme le goût de l’espérance ? Comment dire l’amour de Celui qui ne m’a pas demandé de dissimuler mes blessures pour venir à Lui ?
Je T’aime pour Ta bonté qui me dépasse, pour Ta fidélité qui ne dépend pas de mes mérites, pour cette présence vers laquelle je peux me tourner lorsque mes forces s’épuisent. Je T’aime pour ce que je comprends de Toi et pour ce qui me demeure mystérieux. Mon amour est une gratitude vivante, une louange qui monte de mes profondeurs, la réponse d’un cœur qui a découvert qu’il était aimé.
Et si j’aime le Père, c’est parce que Jésus m’a révélé Son cœur et m’a ouvert le chemin vers Lui.
Jésus, oui Jésus, mon Seigneur, mon Sauveur, comment parler de Toi sans sentir mes mots devenir trop étroits ?
Tu es le Chemin, la Vérité et la Vie. En Toi, j’ai découvert un amour qui ne domine pas, ne méprise pas et ne détourne pas les yeux devant la souffrance. Ce que j’aime en Toi, c’est cette puissance qui ne cherche pas à dominer. Cette grandeur qui s’abaisse. Cette sainteté qui n’a pas craint de s’approcher des êtres dans leur vulnérabilité.
Tu as accueilli ceux que l’on rejetait, relevé ceux qui étaient tombés et rendu leur dignité à ceux qui ne savaient plus comment la retrouver. Tu as regardé ceux que les autres ne voyaient plus. Tu as approché ceux dont la présence dérangeait. Tu n’as pas attendu que les êtres humains deviennent dignes d’être aimés pour t’approcher d’eux.
Et c’est peut-être là que mon cœur se brise et s’émerveille tout à la fois : devant un amour qui ne se contente pas de proclamer la bonté, mais qui descend jusqu’à celui qui souffre.
Tu m’as appris que la véritable grandeur sait se faire humble, que le pardon ne nie pas le mal mais peut ouvrir un chemin de liberté, et que la lumière peut rejoindre l’être humain jusque dans ses ténèbres les plus profondes.
Je T’aime pour cette tendresse qui n’est pas faiblesse, pour cette vérité qui ne se vend pas au confort, pour cette lumière qui ne recule pas devant nos ténèbres. Je T’aime parce qu’en Toi, la douceur n’est jamais une fuite devant le mal, et la force jamais un prétexte pour écraser l’autre.
Et lorsque je repense à ce que Tu as fait dans ma propre vie, je ne trouve plus seulement des raisons de croire. Je trouve des raisons de T’aimer.
Tu as été là dans mes nuits les plus sombres, lorsque les mots me manquaient et que mon monde intérieur menaçait de s’effondrer. Tu as accueilli mes larmes, soutenu mes pas lorsque je vacillais et accompagné mes blessures, même celles que je ne savais pas comment nommer.
Tu n’es pas l’auteur de mes souffrances. Mais auprès de Toi, j’ai trouvé la force de ne pas leur abandonner toute mon histoire.
Jour après jour, j’ai appris que mon passé ne définissait pas toute ma valeur, que je pouvais être fragile sans être abandonnée, que je pouvais tomber sans que ma chute devienne mon identité. J’ai découvert que les blessures les plus profondes n’avaient pas nécessairement le dernier mot.
Là où je m’étais perdue, Tu m’as appris à me retrouver. Là où je ne savais pas m’aimer, Tu m’as aidée à accueillir celle que j’étais, avec ses failles, ses contradictions et ses fragilités. Ce chemin, je le poursuis encore aujourd’hui. Je ne prétends pas être arrivée au bout. Je sais seulement que je ne le parcours plus tout à fait de la même manière.
Voilà pourquoi je Te loue.
Pas seulement pour les jours lumineux, mais pour l’espérance qui me soutient lorsque les jours sont obscurs. Pas seulement lorsque je comprends, mais aussi lorsque les questions demeurent. Je ne T’aime pas parce que tout serait facile, ni parce que j’aurais réponse à tout. Je T’aime parce que Tu es Dieu, parce que Ton amour m’a précédée et parce que, dans cette relation avec Toi, j’ai découvert une paix qui ne dépend pas nécessairement des circonstances.
Comme le dit cette parole de la Bible : « Nous l’aimons, parce qu’il nous a aimés le premier. » (1 Jean 4 :19.)
Peut-être est-ce là le commencement de tout : l’amour que je découvre en Toi m’invite à recevoir plutôt qu’à mériter, à m’approcher plutôt qu’à me cacher, à espérer plutôt qu’à me résigner.
Quand je parle de Ta gloire, je ne parle pas d’une grandeur lointaine, inaccessible, qui écraserait l’être humain. Je parle de cette bonté qui restaure, de cette miséricorde qui relève, de cette lumière qui révèle sans condamner et de cet amour qui invite à grandir.
Ta gloire m’émerveille, mais elle m’appelle aussi à changer.
Car je voudrais que ma foi ne soit pas seulement dans mes mots. Je voudrais qu’elle se reconnaisse à ma manière d’écouter, de pardonner, de dire la vérité sans humilier, de tendre la main sans calcul et d’aimer sans exiger que l’autre me ressemble. Je voudrais que l’amour dont je parle ne reste pas une belle idée, mais qu’il prenne chair dans mes gestes, jusque dans les rencontres les plus ordinaires.
Car je ne suis pas la source de cet amour. Je l’ai reçu, et je désire le transmettre.
Si je peux aujourd’hui accueillir un peu mieux la fragilité d’autrui, c’est aussi parce que la mienne a été accueillie. Si je peux espérer pour quelqu’un, c’est parce que l’espérance a trouvé un chemin jusqu’à moi. Si je peux tendre la main sans prétendre tout comprendre, c’est peut-être parce que j’ai moi-même appris combien il est précieux d’être accueillie sans avoir à tout expliquer.
L’amour que je porte ne m’appartient pas comme un trésor à enfermer dans mes mains. Il est une eau vive appelée à circuler, à désaltérer les cœurs fatigués et à faire refleurir, parfois discrètement, ce que la vie avait desséché.
Alors oui, je parle de Dieu. Je parle de Jésus. Je ne veux pas faire de ma foi une frontière entre moi et les autres, ni de mes convictions une muraille derrière laquelle je me sentirais à l’abri. Je veux qu’elles deviennent une manière plus vraie d’habiter le monde, d’accueillir l’autre et de lui faire une place, même lorsque nos chemins ne se ressemblent pas.
Je ne demande à personne de prononcer les mots que je prononce, ni de voir ce que je vois. Je ne prétends pas posséder toutes les réponses, encore moins comprendre le chemin de chacun. Mais je ne veux pas non plus rougir de l’amour qui m’habite. Il est ma gratitude, mon espérance, la lumière vers laquelle je reviens lorsque je ne sais plus très bien comment avancer.
Je souhaite simplement témoigner de ce que j’ai vécu et de ce que je vis chaque jour, avec sincérité et l’humilité dont je suis, je l’espère, capable. Et si mes mots ne suffisent pas, j’espère que ma manière d’aimer pourra laisser entrevoir quelque chose de cette bonté qui me transforme peu à peu.
Père, prends ma voix. Prends ma plume. Prends aussi ce qu’il y a en moi de maladroit, d’impatient, d’inachevé.
Apprends-moi à parler de Toi sans orgueil, à témoigner de Jésus sans contraindre, à écouter autant qu’à parler et à aimer avec davantage de vérité. Apprends-moi à ne pas Te défendre au point d’oublier d’accueillir, à ne pas parler de Ta lumière en refusant de regarder la peine de celui qui se tient devant moi.
Que mes paroles ne devancent jamais ma manière d’aimer. Que ma plume ne cherche jamais à briller plus que Ta lumière. Que mes mots ne soient pas seulement une célébration de Ta grandeur, mais une offrande qui prenne corps dans mes gestes, dans mes choix et dans mes rencontres.
Je suis Ta fille. Une femme en chemin, ardente parfois, fragile souvent, une âme que Tu instruis encore, une enfant de Dieu qui cherche ses mots devant l’infini.
Je ne sais pas tout. Je ne réussis pas tout. Je ne comprends pas tout. Mais je sais vers qui mon cœur revient.
Et si mon amour déborde parfois de mes paroles, si ma plume cherche inlassablement à dire Ton nom, ce n’est pas pour enfermer le monde dans ma foi. C’est parce que j’ai trouvé en Toi la source à laquelle mon âme vient boire. Et que l’eau reçue m’appelle, je l’espère, à devenir à mon tour une présence qui console, une main qui relève et un cœur qui aime.
Je ne suis pas la source.
Je suis celle qui a reçu.
Et si l’eau que Tu as fait jaillir en moi peut rejoindre un cœur fatigué, apaiser une peine, rendre un peu d’espérance à quelqu’un qui n’en avait plus, alors que ma vie entière en devienne le témoignage.
Car la source ne m’a pas été donnée pour que je la garde captive. Elle m’a été donnée pour que je vive, pour que j’aime, pour que je transmette à mon tour ce que j’ai reçu.
La source de mon amour, c’est Toi.