Je commence presque chaque jour dans la douceur du silence, avec la prière et les Écritures. Un verset ou un passage s’y révèlent, comme une lumière posée sur le chemin des heures à venir. Puis la journée s’éveille, et je cherche à en garder le goût, à le laisser infuser en moi. Parfois, pourtant, au cœur du tumulte ou à la lisière de la nuit, une évidence me frappe, vertigineuse : je n’ai pas assez simplement été avec Lui !
Ce n’est pas un reproche que je me fais, mais un constat. Hier, j’ai lu cette phrase et elle a voulu être partagée : « C’est une folie de ne pas avoir de temps pour Dieu et de vouloir passer l’Eternité avec Lui. »
Cette phrase raconte l’incohérence toute humaine là où la relation avec notre Père parle de communion. Car, comment vivre dès à présent en enfant de Dieu, si ce n’est en habitant déjà cette proximité ? L’éternité n’est pas un pays lointain où nous arriverons un jour, les mains vides. Elle est une relation qui s’apprivoise ici, dans le creux de nos minutes humaines.
Yeshua l’explique parfaitement, ainsi : « Or, la vie en pérennité, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul Elohîms véritable, et celui que tu as envoyé, Iéshoua‘ le messie. » (Jean 17:3). Connaître. Non pas accumuler un savoir, mais se tenir en présence. Parfois, je me demande : si je ne trouve pas aujourd’hui ces moments de silence devant Lui, que ferai-je d’un face-à-face sans fin ?
Le cœur du Père n’est pas celui d’un comptable mesurant mes heures de prières. C’est celui d’un Père qui murmure, comme à un enfant inquiet : « Ne crains pas, car je suis avec toi ; ne sois pas éperdu, car je suis ton Elohîms. Je te fortifie, oui, je t’aide, je te soutiens de ma droite, celle du salut. » (Ésaïe 41:10). Il attend seulement, je le crois sincèrement, oui Il attend que je lève les yeux. Qu’ils se détachent un instant du fil de la vie naturelle pour rencontrer son regard.
Je le reconnais volontiers, je m’agite pour « beaucoup de choses », comme Marthe, et j’oublie que la « bonne part », celle de Marie, est simplement de se tenir là, dans la paix de sa présence[1]. Je pense que vous serez d’accord avec moi sur le fait qu’on ne peut pas espérer habiter pour toujours auprès de quelqu’un sans prendre le temps du partage, de l’écoute, etc. Il est écrit : « Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. » (Matthieu 6:21). J’aimerai partager ce point donc que mon emploi du temps est moins une liste de tâches que le reflet de mon attachement. Finalement, dire que je n’ai « pas trouvé le temps », c’est simplement reconnaître où mon trésor réside pour l’instant et que je n’ai pas suffisamment conscience de mon identité.
Et pourtant, Lui, le Père, a fait de moi, de toi, de chacun de nous, son trésor. Et pour nous, Il a tout son temps. Alors, je veux délaisser l’idée de devoir tisser sans cesse le fil de mes jours, pour embrasser celle d’une demeure déjà ouverte. Ces moments partagés ne sont pas une obligation ; ils sont la trame d’une familiarisation joyeuse avec l’Eternité. Un avant-goût qui transfigure le présent. La manifestation tangible que, bien qu’encore en chemin sur cette terre, nous sommes déjà chez nous dans le cœur du Père. C’est apprendre à « jouer à domicile » – à vivre depuis la paix de son Royaume – tandis que nos pieds foulent ce sol provisoire, avant le retour final dans la maison où toute distance sera abolie.
Que toute la gloire Lui revienne, pour ce murmure d’Eternité qu’Il dépose sur nos présents. Amen !
[1] Dans la Bible (Évangile de Luc, chapitre 10), Marthe et Marie sont deux sœurs qui reçoivent Yeshoua chez elles. Marthe est absorbée par les préparatifs matériels, tandis que Marie s’assied à ses pieds pour l’écouter. Yeshua souligne alors que Marie « a choisi la bonne part » : celle de la présence et de l’écoute, prioritaire sur l’agitation.
