Chaque fois que je suis enseignée par l’Écriture, une parole entendue peut venir enrichir ce que je croyais déjà connaître et ouvrir en moi de nouvelles perspectives.
La prédication de frère Augustin — moine, docteur en lettres et en théologie, et chercheur à l'École biblique et archéologique de Jérusalem — nous a invités à entrer dans ce verset de la lettre aux Philippiens :
« Et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées en Jésus-Christ. » (Philippiens 4,7)¹
Un verset d'une grande richesse, que l'on peut approcher de bien des manières. Frère Augustin nous a proposé de l'explorer à travers quatre mouvements, qui permettent de faire apparaître progressivement ce que Paul dit de la paix de Dieu et de son œuvre en nous.
Il y a d'abord « la paix de Dieu qui surpasse toute intelligence ».
Cette paix ne consiste pas à nier ce qui nous traverse. Elle ne signifie pas que les doutes disparaissent, que les inquiétudes cessent ou que les épreuves perdent soudainement leur poids. Elle ne nous extrait pas de la réalité et ne nous demande pas non plus de fabriquer une sérénité de façade.
Elle est d'un autre ordre. Elle dépasse nos raisonnements, nos calculs et notre besoin de tout comprendre. Elle peut être présente au cœur même de ce qui demeure fragile ou incertain.
Le deuxième mouvement nous conduit vers le cœur et les pensées. Dans le langage biblique, le cœur représente l'ancrage profond de la personne, le centre de l'être où se prennent les orientations fondamentales et où s'établit la rencontre avec Dieu. C'est cet espace intérieur que la grâce vient investir. Les pensées sont plus mouvantes, plus difficiles à saisir. Elles vont et viennent, s'attachent au passé, se projettent dans l'avenir, anticipent, questionnent, s'inquiètent. Elles peuvent nous disperser et parfois nous épuiser. Et pourtant, elles aussi sont concernées par la promesse. La paix vient aussi envelopper ce qui, en nous, s'agite et cherche son chemin. Elle ne concerne pas seulement le plus profond de notre être ; elle rejoint aussi ce qui demeure mouvant, fragile et incertain.
C'est alors que le verbe « gardera » prend toute sa force. Frère Augustin nous a rappelé que le terme grec employé par Paul, phrouresei, appartient au vocabulaire militaire. Il évoque une garnison qui monte la garde autour d'un lieu précieux.
L'image est forte : la paix de Dieu n'est pas une réalité passive. Elle veille. Elle protège. Elle monte la garde autour de notre vie intérieure.
Cette image de la garde nous conduit vers les derniers mots du verset : « en Jésus-Christ ».
Car cette paix n'est pas quelque chose que nous aurions à produire nous-mêmes. Elle n'est ni une technique pour calmer nos pensées, ni une capacité à rester sereins en toutes circonstances. Elle est reçue dans une relation, celle qui nous unit au Christ.
En Jésus-Christ, le cœur trouve son ancrage, les pensées peuvent être accueillies sans nous emporter, et la paix devient cette présence qui garde.
C'est peut-être là que les différents mouvements du texte se rejoignent. La paix de Dieu ne nous demande pas de nous soustraire à ce qui nous traverse. Elle vient nous rejoindre dans notre réalité, atteindre notre cœur, accompagner nos pensées et monter la garde autour de ce qui, en nous, demeure fragile.
Et tout cela, en Jésus-Christ.
En quittant la chapelle cet après-midi, je suis restée avec cette parole.
La paix de Dieu ne promet pas que rien ne viendra nous ébranler.
Elle promet autre chose : une présence.
Une présence capable de garder nos cœurs et nos pensées, même lorsque nous ne parvenons plus très bien à les garder nous-mêmes.
Et au cœur de cette promesse, il y a ces mots : « en Jésus-Christ ».
C'est en lui que se trouve notre paix, notre espérance et notre véritable sécurité.
À lui la gloire, pour sa Parole qui nous enseigne, nous rejoint et nous fait grandir dans la foi.
À Dieu seul soit la gloire.
¹ Ce texte est ma réception personnelle de la prédication de frère Augustin. Il ne cherche pas à en restituer fidèlement les propos, mais à partager ce que cette parole a fait résonner en moi et la manière dont je l’ai reçue et méditée.