Je suis dans un temps de passage. Un temps de mise à part, de désert, de solitude aussi. Et là, je comprends que cette solitude n’est peut-être pas seulement une absence. Elle peut être une invitation. Une invitation à me rapprocher de Dieu, à demeurer davantage en Lui, à apprendre à vivre de Sa présence plutôt que de ce qui m’entoure.
J’ai longtemps regardé la solitude avec les pensées que le monde dépose en nous : est-ce ma faute ? Est-ce que je suis trop exigeante ? Est-ce que je ne supporte plus personne ? Est-ce que j’attends trop des autres ? Est-ce que quelque chose ne va pas chez moi ? Et puis Dieu m’a appris à regarder autrement. Non pas pour me convaincre que tout ce que je fais est juste, ni pour transformer mon isolement en supériorité spirituelle, mais pour déplacer mon regard. La question n’est plus seulement : pourquoi suis-je seule ? Elle devient : Dieu, qu’est-ce que Tu veux faire naître en moi dans cette solitude ?
Alors je vis un autre désert. Un désert qui n’est pas seulement celui de l’absence, mais celui où le bruit diminue et où Sa voix devient plus précieuse. « Je l’attirerai et je la conduirai au désert, et je parlerai à son cœur. » Peut-être est-ce cela que Dieu est en train de faire. M’attirer. Me ramener plus près. M’apprendre à ne plus courir dehors pour chercher ce que Lui seul peut devenir en moi. Plus de temps dans la prière. Plus de temps dans les Écritures. Plus de silence. Plus de Sa Présence. Plus de temps simplement devant Lui, sans avoir besoin de produire, de comprendre ou de paraître. Plus de temps pour apprendre à écouter, à discerner, à recevoir, et peu à peu à devenir.
J’apprends à revenir à ce qui demeure : l’Écriture seule, la grâce seule, Christ seul, à Dieu seul la gloire. Non plus comme des mots que je peux confesser, mais comme une réalité dans laquelle je dois apprendre à vivre dans la paix, l’humilité, la joie. Revenir à la Bible jusqu’à ce qu’elle traverse mes pensées et transforme ma manière de voir. Revenir à la grâce jusqu’à ce que je cesse de vouloir me justifier. Revenir au Christ jusqu’à ce que tout le reste retrouve sa juste place. Revenir à Dieu jusqu’à ce que mon cœur aime mon prochain et que je prie pour chacun de mes ennemis, chaque personne qui a mon affection, chaque inconnu que je croise simplement. Car devenir en Christ ne consiste pas seulement à recevoir une révélation de Dieu, mais à laisser cette révélation devenir une vie, se manifester concrètement dans sa vie.
Jésus ne dit pas : cherchez partout où vous pourrez être rassurés. Il dit : « Demeurez en moi, et je demeurerai en vous. » Demeurer. Demeurer quand je ne comprends pas. Demeurer quand je ne vois pas encore le fruit. Demeurer quand le silence me confronte à moi-même. Demeurer quand mon cœur voudrait courir vers une présence humaine pour ne pas sentir le vide. Demeurer jusqu’à découvrir que le vide n’était peut-être pas vide, mais qu’il y avait là une place que Dieu voulait remplir de Lui-même.
Je ne veux pas simplement connaître des choses sur Christ. Je veux Le connaître. Je veux que Sa Parole me façonne, qu’elle me reprenne, qu’elle me guérisse, qu’elle détruise en moi ce qui ne Lui ressemble pas. Je veux apprendre à penser comme Lui, à aimer comme Lui, à pardonner comme Lui, à me donner comme Lui. « Jusqu’à ce que Christ soit formé en vous. » Voilà peut-être le véritable travail du désert : non pas me rendre indépendante des autres, mais me rendre davantage dépendante de Dieu ; non pas me rendre dure, mais me rendre vraie ; non pas me rendre seule, mais me rendre disponible à Sa présence, afin que Sa vie prenne toujours davantage forme en moi.
Et alors je repense à la prière de Jésus : « afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et comme je suis en toi, afin qu’eux aussi soient un en nous. » Cette parole me bouleverse plus profondément. Être un comme le Père et le Fils sont un, ce n’est pas simplement être ensemble. Ce n’est pas multiplier les relations pour pouvoir dire que nous appartenons au corps de Christ. L’unité commence « en nous ». Elle commence dans la communion avec Dieu. Et peut-être que la véritable unité devient possible lorsque nous devenons en Christ, conduits par les Écritures, habités par le même Esprit, rendus semblables à Celui qui nous rassemble. Car le but n’est pas simplement d’être près des autres. Le but est de devenir semblable à Jésus.
« Nous tous qui, le visage découvert, contemplons comme dans un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire. » Alors je comprends que cette saison n’est pas seulement une histoire de solitude. C’est peut-être davantage une histoire d’amour et de transformation. L’histoire d’un Père qui m’attire à Lui. L’histoire d’un Christ qui m’apprend à demeurer. L’histoire de l’Esprit qui m’enseigne à écouter. L’histoire d’une Parole qui descend plus profondément que mes émotions et mes raisonnements pour me montrer qui je suis et surtout qui est mon Seigneur. Et plus je Le contemple, plus je découvre que devenir en Christ n’est pas fabriquer moi-même une nouvelle identité : c’est recevoir de Lui, par Son Esprit, la transformation qu’Il accomplit en moi.
Je ne sais pas combien de temps durera le désert. Je ne sais pas qui reviendra, qui restera, ni quelles portes Dieu ouvrira demain. Mais ce que je sais c’est que je suis disposée et disponible et je veux recevoir ce que ces semaines et mois contiennent. À chercher Dieu quand rien autour de moi ne me distrait. À découvrir que la présence de Dieu n’est pas une consolation de remplacement lorsque les hommes sont absents, mais qu’elle est la réalité première, celle dont toutes les autres présences devraient découler. A dire « me voici » et à aimer vivre cette mise à part. A me taire beaucoup. A écouter. A être là où Il veut parler à mon cœur. Peut-être est-ce simple : plus je suis près de Lui, plus cela se simplifie. Plus je demeure, plus je deviens. Plus je Le contemple, plus Sa ressemblance devient le désir de mon cœur.
« Comme le Père m’a aimé, je vous ai aussi aimés. Demeurez dans mon amour. »
Demeurer. Encore demeurer. Non pour simplement être mais pour devenir.
Devenir en Christ.
Et si cette saison doit porter un fruit, que ce soit celui-ci : moins de moi, plus de Christ ; moins de bruit, plus de Parole ; moins de recherche dehors, plus de profondeur dans Sa présence ; plus de faim, plus de transformation, plus de ressemblance, plus de Christ formé en moi.
Je ne veux pas seulement être une personne qui croit en Christ. Je veux devenir en Christ. Je ne veux pas seulement parler de Sa vie. Je veux que Sa vie me transforme. Je ne veux pas seulement recevoir Sa lumière. Je veux marcher dans cette lumière jusqu’à ce qu’elle façonne mon être tout entier.
Et ce devenir n’est jamais une œuvre achevée en moi. Il est un chemin. Une œuvre de grâce. Une transformation continue. Une marche avec Lui.
« Nous sommes transformés en la même image, de gloire en gloire. »
De gloire en gloire.
De ressemblance en ressemblance.
De profondeur en profondeur.
Devenir, encore devenir, en Christ.
Jusqu’au jour où, ayant été conduite par Sa grâce tout au long du chemin, je Lui verrai face à face.
Et jusque-là, demeurer en Lui, et devenir…
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