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L’autre jour, alors que j’étais sur le pas de la porte, prête à partir, ma mère m’a dit :
Nadia, Dieu ne parle pas.

Je lui ai répondu doucement :
Moi, je lui parle… et je l’entends.

Je ne me souviens plus exactement des mots. Peut-être parce que l’essentiel n’était pas là. Elle a repris :
Personne ne l’entend…

Et là, je remarquais que quelque chose avait changé en moi.

Avant, j’aurais entendu derrière ses paroles un de ses habituels : « c’est dans ta tête », comme si entendre Dieu relevait d’une forme de folie ou d’égarement spirituel. Avant, j’aurais voulu expliquer, convaincre, défendre ce feu intérieur que je connais pourtant si profondément.

Mais cette fois, je me suis tue. Non par peur du nième désaccord. Non par faiblesse.
Par amour.

Parce que ce n’est pas à moi de convaincre. Parce que l’amour ne force pas les portes du cœur. Dieu lui-même frappe doucement ; il ne s’impose jamais.

Et dans ce silence retenu, il y avait déjà quelque chose de Lui.

Ce matin, en lisant ce verset, tout est revenu avec une lumière nouvelle :

« Elohîms, nul ne l’a jamais vu. Si nous nous aimons les uns les autres, Elohîms demeure en nous, et son amour est accompli en nous. » (1 Jean 4 :12)
ou dans une version plus connue : « Personne n’a jamais vu Dieu. Mais si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous et son amour devient complet en nous. »

Ce qui m’a saisie, ce n’est pas la théologie, dans cet échange verbal avec ma mère. Ce qui m’a frappée, c’est l’amour.

Parce qu’il y en avait entre elle et moi, malgré nos incompréhensions.
Parce qu’au milieu de cette conversation imparfaite, Dieu était déjà là.
Parce qu’aimer quelqu’un, même sans être compris, est peut-être une des manières les plus profondes de témoigner de Sa présence.

Je ne pense pas que ce soit le moment d’expliquer les mystères de Dieu, ni les mots que chacun emploie pour Le nommer. Ma mère est une femme de prière, sincère dans sa foi, fidèle dans sa manière de chercher Dieu et de s’abandonner à Lui. Mais je sais ceci : je suis enfant de Dieu, et j’ai accès à Lui. Non comme une possession, non comme un privilège orgueilleux, mais comme une enfant qui reconnaît la voix de son Père et apprend, jour après jour, à marcher dans Son amour. Et parfois, je sens combien certains cœurs aiment déjà Dieu avec ferveur sans encore reconnaître pleinement la douceur intime avec laquelle Il se laisse appeler Père.

Et peut-être que le véritable miracle, ce jour-là, n’était pas d’être entendue par ma mère. Peut-être était-ce d’avoir enfin appris à aimer sans vouloir prouver.

 

Ce deuxième « Frôlement d’amour » poursuit cette exploration des présences discrètes de Dieu dans nos relations humaines. Frôlements d’amour vient s’inscrire dans le sillage des Éclats d’Évangile, pour en prolonger la respiration. Cette nouvelle rubrique de l’ouvroir des cœurs cherche à dire ce que signifie avoir reçu la lumière et l’amour : être appelés à aimer notre prochain comme nous-mêmes. À travers ces fragments, le langage s’élargit, comme le cœur s’ouvre et s’étend, laissant affleurer ces touches d’amour qui, discrètement, témoignent de la présence de Dieu.

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