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Je viens à Toi, Père. Dans le silence où tout semble suspendu, je dis : me voici. Disponible, disposée. Ta réponse n’est pas un soulagement immédiat, mais un chemin qui se déploie dans l’aride. Tu permets que je traverse les eaux profondes, les déserts sans ombre, et je reconnais que la traversée fait mal. Mon cœur a crié : « Pourquoi (encore) la souffrance, alors que je Te suis fidèle ? »

Je comprends un peu, mais vraiment seulement un peu. J’expérimente beaucoup. Les étapes se succèdent, lentes et tenaces, chacune se traduisant par une forme de mort en moi ; et personne ne pourra dire que cela ne fait pas mal. C’est un processus qui vient par vagues, par incompréhension d’abord, puis par une lente prise de conscience. Dans ma marche, l’intégration en est parfois si déroutante qu’elle semble elle-même une épreuve.

Avant la bénédiction, il y a la purification : je l’avais lu et entendu, et pourtant, devant la réalité, mon cœur se sent mal, inconfortable, remué. Tu laboures le champ de mon âme, Tu déracines ce qui étoufferait le grain. Ce qui est prévu pour moi doit tomber dans une terre bonne, pacifiée, assoiffée de Toi seul. Alors Tu façonnes, Tu épures. Les épreuves se succèdent pour garder mon cœur plus que toute autre chose, comme il est écrit. Je Te crois : ce n’est pas une punition mais une préparation ! Et cependant, à l’échelle humaine, cela reste difficile à vivre, chaque jour une nouvelle reddition.

Mes yeux se tournent vers ceux qui ont marché avant moi, grâce aux Écritures. Vers Joseph, dont le récit dans la Genèse montre le chemin : vendu, emprisonné, oublié. Chaque larme a creusé en lui le sillon où germerait plus tard le salut de nations. Vers Job, l’homme intègre, dont l’épreuve dévastatrice a précédé une double restauration — non à cause d’une faute, mais parce que sa foi, passée au feu, est devenue une lumière pour les âges. Et vers Yeshua lui-même, conduit par l’Esprit au désert, quarante jours face à la faim, au vertige et au mensonge, avant de commencer son ministère qui offrirait au monde la réconciliation. Le chemin est tracé. Et le savoir n’aide guère, à l’aune de cette âme…

Alors, je marche, et je parcours l’épreuve qui a plusieurs visages.

Il y a l’épreuve de l’attente, longue, étirée, qui use la patience et expose mes doutes. Elle développe une foi qui tient sans voir, une endurance qui est surnaturelle. Elle me détache du besoin de tout contrôler. Et heureusement, dans le ciel de cette attente, passe cette promesse que je prends pour moi : « Mais ceux qui espèrent en IHVH-Adonaï renouvellent leur force. Ils hissent leurs ailes comme les aigles. Ils courent et ne sont pas éreintés, ils marchent et ne sont pas fatigués. » (Ésaïe 40:31).

Il y a l’épreuve de l’injustice, la blessure aiguë d’être mal jugée, méprisée. Ce que le monde appelle rejet, Toi, Tu l’appelles repositionnement. Une voix ferme murmure alors : « Ne vous vengez pas vous-mêmes, bien-aimés, mais donnez place à la colère, car il est écrit : « À moi la vengeance, à moi la rétribution, dit IHVH-Adonaï. »» (Romains 12:19). Je mets toute ma confiance en Lui qui se charge de ma justice.

Il y a l’épreuve de la solitude, quand les présences sont lointaines et que le cœur bat dans une chambre vide. Ce que le monde nomme abandon, Toi, Tu le nommes sanctification. C’est là, dans ce silence amplifié, que Ta voix résonne le plus clairement : « Arrêtez ! Et sachez que je suis Élohîm. » (Psaume 46:11). Ce n’est pas un oubli, c’est un rendez-vous, comme Tu l’as dit : « Voici, je la séduirai, je la mènerai au désert et je parlerai à son cœur. » (Osée 2:16). La solitude est une stratégie céleste. Plus je souffre de la perte humaine, plus Tu ouvres des portes spirituelles. Ton amour, Lui, ne part jamais. Il est constant, sûr. L’abandon des humains est une école ; il enseigne l’espérance, il forge la confiance en Toi seul. Tu remplaces les béquilles de chair, en fermant les portes naturelles s’ouvrent les portails spirituels. Tu fais cela pour me rendre libre !

Il y a l’épreuve du silence. Je prie, je pleure, et j’apprends que Ton silence fait partie de mon élévation. Il sépare le superficiel de l’essentiel. Cela blesse, mais c’est bien ici, dans ce silence, que ma foi se développe, en restant là, en ne fuyant pas, en refusant de me glisser dans les distractions du monde. Et oui, je commence à comprendre que ma douleur devient mon ministère. Ma souffrance est une semence. Consolée par Toi, je pourrai à mon tour consoler, « de la même consolation dont nous sommes nous-mêmes consolés par Élohîm » (2 Corinthiens 1:4). Reste que là où j’en suis, je me sens tellement tiraillée par mon âme… Et je lui parle, je la rassure : « Bénis IHVH, mon âme, n’oublie aucun de ses bienfaits ! » (Psaume 103:2). Et, je dois recommencer chaque matin…

Il y a l’épreuve du manque, quand les ressources tarissent. Et il y a le combat spirituel, ces assauts où l’ennemi, voyant la terre labourée et prête pour la semence, redouble pour y semer l’ivraie du découragement — ces murmures qui disent : ce que tu fais n’est pas nécessaire, ni utile… Mais l’Écriture rappelle : « Oui, ce n’est pas contre le sang et la chair que nous avons à lutter, mais contre les principats, contre les pouvoirs, contre les archontes des ténèbres d’ici-bas, contre les esprits du mal dans les sphères célestes. » (Éphésiens 6:12). En réalité, Tu commences toujours dans le vide. Quand il n’y a plus de voix humaine pour rassurer, Tu remplis le vide. Je le sais mais je ne le sens pas, je le crois et c’est ce qui me fait mettre un pied devant l’autre, malgré la situation visible qui plaide contre moi. Tu crées du nouveau en moi, à l’intérieur de mon cœur. Tu restaures en profondeur à partir de ma vulnérabilité. Tu commences quand les autres finissent.

Je me confie en Toi pour ne pas perdre courage ! Pour supporter la souffrance de l’âme. Je m’accroche à la foi, cette ancre qui me relie puissamment dans l’invisible. Ce verset est une boussole : « Nous savons, d’ailleurs, que tout concourt au bien de ceux qui aiment Elohîm, de ceux qui sont appelés selon son dessein. » (Romains 8:28). Il achèvera l’œuvre commencée.

Jusqu’à quand la douleur de l’âme ? J’imagine jusqu’à ce que le vase soit prêt pour l’onction. Jusqu’à ce que la purification ait accompli son œuvre d’amour. Aide-moi à ne pas croire que ce que je ressens — le silence et les blessures — ne sont que des émotions qui lâcheront devant ton dessein merveilleux pour ma vie. Je crois que Tu permets les ébranlements afin que je vois où se situe le relèvement — mon cœur ! Aide-moi à prendre conscience en profondeur et à prosterner mon cœur plus encore. Parfois je ne trouve pas le chemin, aide-moi.

Alors Père, me voici, je veux poursuivre avec une louange qui ne naît pas de la joie, mais de la douleur offerte.

Je Te rends grâce. Ici, dans le creuset. Car Tu n’as pas méprisé mon cœur brisé. L’Écriture le dit : « Les sacrifices d’Élohîm sont un esprit brisé. Un cœur brisé, broyé, Élohîm, tu ne le méprises pas. » (Psaume 51:19). C’est cette offrande que je T’apporte, en esprit et en vérité. C’est mon adoration.

Père, j’accepte l’épreuve. Je refuse de passer à côté de Tes plans pour ma vie. Ta main presse en ce moment même l’argile avec une intention d’amour. Pour que je sois un vase capable de porter, sans me briser, la lumière que Tu as prévue pour m’habiter. Dans l’attente, je suis là. Car la terre labourée, un jour, verra la pluie. Ainsi, le sillon profond et patient de la confiance, ouvert par mon abandon à Toi et Ton œuvre en moi,  verra enfin la semence de Ta promesse lever et ce qui naîtra dira Ta fidélité.

Amen.

Cette lecture peut se prolonger en:

Dans le silence Dieu agit déjà

Dans l'adversité, trouver l'ancre