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Avez-vous remarqué comme nos pensées peuvent parfois nous tromper ? Non pas forcément par des mensonges évidents, ce serait dans ce cas bien trop facile de les démasquer, mais par des évidences intérieures qui ne viennent pas de Dieu. Une manière de penser façonnée par le monde, par l’habitude, par une logique humaine qui finit par nous sembler naturelle (parce que c’est celle que tout le monde partage) alors même qu’elle va à contresens de la vérité des Écritures. Il y a là un lieu de combat discret, un lieu où l’intelligence a besoin d’être renouvelée.

Comprenons-nous bien, qu’est-ce que ce « renouvellement » dont parle la Bible ? L’apôtre Paul l’explique simplement : « Ne vous conformez pas au siècle présent, mais soyez transformés par le renouvellement de l’intelligence, afin que vous discerniez quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, agréable et parfait » (Romains 12:2). C’est finalement apprendre à penser autrement que le monde, non pas en rejetant la raison, mais en l’ouvrant à une source différente. C’est reconnaitre et accepter les pensées du monde comme un logiciel qui tourne et insidieusement tourne encore sur un mauvais système d’exploitation, et qu’on reconnecte à son Créateur ou dit autrement que l’on choisit d’aligner avec la pensée de Dieu.

C’est souvent à cet endroit précis que naît une confusion profonde : on croit devoir choisir entre la relation et les règles, entre l’amour et les commandements, entre la grâce et ce que l’on imagine être une loi à suivre. Comme s’il y avait deux chemins, deux systèmes, deux manières d’être avec Dieu. Mais cette tension ne vient pas de Lui. Elle naît d’une relation manquée, ou pourrait-on dire d’une relation laissée de côté, remplacée par autre chose.

Il faut comprendre le malentendu entre croire en Dieu et croire Dieu. Beaucoup disent croire en Dieu comme on croit en l’existence de l’électricité : c’est vrai, c’est utile, mais on ne lui parle pas. D’autres transforment cette foi en un système de rituels, de règles à cocher, de cases à remplir. Ce n’est pas cela que la Bible appelle croire. Croire Dieu, c’est plus simplement et directement Lui faire confiance. C’est une relation vivante, avec des choses sacrées bien sûr  mais un sacré qui n’est pas un mur mais  un seuil.

C’est peut-être cela, au fond, que recouvre le mot religion, ce mot qui vient du latin religare, qui signifie  justement « relier ». Non pas une multiplication de voies vers des « dieux » à choisir, mais l’intuition d’un lien à retrouver avec le Dieu unique, la source de toute vie. Au fil du temps, ce mot a parfois désigné un ensemble de formes, de pratiques, de repères, utiles en eux-mêmes, mais qui peuvent rester extérieurs s’ils ne conduisent pas à cette communion vivante. Il ne s’agit donc pas d’opposer ou de dénigrer, mais de discerner : ce qui relie réellement à Dieu et ce qui peut, malgré de bonnes intentions, rester à la périphérie de la relation. Car le cœur n’est pas d’abord dans un système, mais dans un chemin vécu : marcher avec Lui, apprendre de Lui, être transformé par Sa présence.

Au commencement pourtant, tout est simple. Dieu crée. Et dans cet acte, il y a déjà une intention. Les Écritures sont claires sur le choix de Dieu lorsqu’Il crée l’humain : « Elohîms crée l’humain à son image, à l’image d’Elohîms il le crée » (Genèse 1:27). Être créé à son image, ce n’est pas seulement exister : c’est être capable de relation. Capable de répondre, d’écouter, de se tenir en présence. Dieu n’a pas créé un automate ni un esclave. Il a créé quelqu’un avec qui parler.

L’humain a été volontairement placé dans un jardin. Un lieu de vie, de beauté, de liberté. Non pas un espace de surveillance, mais un espace de rencontre. Dieu n’installe pas un système, Il établit une proximité. Et lorsque la relation se brise, lorsque l’humain se cache après avoir désobéi, ce n’est pas une condamnation immédiate qui surgit, mais une question, presqu’une plainte : « YHWH Elohîms appelle l’humain et lui dit : Où es-tu ? » (Genèse 3:9).

Cette question traverse toute la Bible. Elle n’est pas seulement posée à Adam. Elle est posée à chacun. Où es-tu ? Non pas géographiquement, mais intérieurement. Où en es-tu dans la relation ?

Très tôt, quelque chose s’est déplacé. Non pas un rejet total de Dieu, mais un glissement. L’humain a voulu connaître sans demeurer. Comprendre sans dépendre. Recevoir sans rester relié. Et depuis, cette manière d’être s’est comme transmise dans nos vies : chercher à bien faire sans être en lien, chercher des règles pour compenser l’absence de relation.

Dieu pourtant ne cesse de revenir. Il appelle, Il parle, Il se révèle. Il choisit un peuple (les Hébreux, descendants d’Abraham, Isaac et Jacob) pour être un signe au milieu des nations. Mais face à cette proximité, l’humain recule encore. Au moment où Dieu se manifeste sur le mont Sinaï, dans le tonnerre et la nuée, une peur saisit le peuple. Ils disent à Moïse, celui qui les conduit : « Parle-nous toi-même et nous entendrons ; mais qu’Elohîms ne nous parle pas, de peur que nous ne mourions » (Exode 20:19). Il y a là quelque chose de très profond : préférer une parole transmise plutôt qu’une parole directe. Préférer un cadre, des règles écrites, plutôt qu’une relation vivante où Dieu Lui-même s’adresse à nous. C’est plus sûr, plus contrôlable. Mais ce n’est plus une rencontre.

Alors Dieu va encore plus loin. Il ne renonce pas à la relation. Il ne la remplace pas par un système. Il accomplit ce qu’Il avait en vue dès le commencement. Il envoie son Fils – Jésus, Yeshoua, le Messie, le Christ. « Moi, je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient vers le Père sinon par moi » (Jean 14:6). Il ne vient pas ajouter une règle à une autre. Il vient rouvrir le chemin.

Et la croix devient ce lieu paradoxal, incompréhensible, de prime abord. Pourquoi ce passage par la souffrance ? Parce que la relation avait été rompue en profondeur, et qu’elle devait être restaurée à la racine. « La parole de la croix est folie pour ceux qui se perdent, mais pour nous, les sauvés, elle est puissance d’Elohîms » (1 Corinthiens 1:18). Là où tout semble absurde, Dieu agit. Là où tout semble perdu, la relation est rétablie.

Non, la croix ce n’est pas un Père qui fait souffrir son Fils dans une logique humaine de contrainte ou de vengeance. C’est Dieu Lui-même qui se donne, qui traverse la mort, qui porte notre rupture, pour rejoindre l’humain là où il s’est perdu. C’est une logique d’amour qui dépasse, je le concède volontiers, la compréhension immédiate.

Alors les commandements changent de place. Ils ne disparaissent pas. Jésus lui-même dit : « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes ; je ne suis pas venu abolir, mais accomplir » (Matthieu 5:17). Mais les commandements ne sont plus ce qui fonde la relation. Ils en deviennent le fruit. « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements » (Jean 14:15). Tout est renversé. Il ne s’agit plus d’obéir pour être aimé, mais d’aimer et de voir peu à peu notre vie s’accorder à cet amour.

Tout ça pour vous dire qu’il n’y a pas opposition entre loi et grâce, en tout cas c’est ce que je comprends à jour. Je perçois qu’il y a continuité dans le cœur de Dieu. Depuis le commencement, Il cherche une relation vivante avec l’humain. Et cette relation devient possible, intérieurement, par l’Esprit. « L’amour d’Elohîms est répandu dans nos cœurs par le Souffle sacré qui nous a été donné » (Romains 5:5). Ce n’est pas une affaire de capacité, ni de performance. Ce n’est pas une question de charisme. C’est une réalité déposée en nous, que nous apprenons à reconnaître, à accueillir, à laisser vivre.

Dans mon propre chemin, la relation avec notre Père Céleste a été à la fois proche et lointaine. Proche, parce que j’ai connu un père aimant dans ma vie, et que  conséquemment cette image d’un Père céleste inconditionnellement aimant m’était facile à accepter. Et pourtant, il m’a fallu du temps – plus de cinquante ans en tout cas – pour ouvrir pleinement mon cœur à cette évidence : Jésus, la communion avec celui qui me permet de renouer une relation filiale avec mon Père des cieux. Comme si je tournais autour d’une vérité déjà là, sans y entrer vraiment.

Cependant, lorsque la relation est devenue réelle, un autre défi s’est imposé à moi : non plus croire, mais suivre. Non plus reconnaître, mais obéir. Parce que j’étais habituée à mes propres règles, à ma manière de faire, de penser, de décider depuis si longtemps. Et c’est là que quelque chose s’est joué en profondeur : me laisser aimer — comme me l’a dit une sœur en Christ — me laisser transformer, renouveler, accepter que la relation vienne déplacer mes habitudes, mes sécurités (si fragiles en réalité), mes fonctionnements les plus ancrés. Lâcher le contrôle, non pas par effort, mais à partir de ma foi, de ma confiance en Lui, en sa Bonté, en sa Fidélité. Dire « me voici », et comprendre peu à peu que cela ouvre tout. Que cela donne réellement autorisation à l’Esprit Saint de conduire, d’agir, de toucher chaque domaine de ma vie, sans exception. Et cela n’a pas été simple.

Je voulais bien être envoyée et témoigner de la bonne nouvelle, mais je ne savais pas encore qu’il s’agissait d’abord d’être transformée profondément. Ma prière pendant des mois et des mois après ma naissance d’en haut a été : je suis disposée et disponible, me voici ! Et je pensais que cela signifiait avancer, agir…mon amour et mon zèle comme carburants ! J’ai découvert  que cela passait par des traversées. Par des épreuves. Des moments où Dieu met en lumière, avec douceur mais vérité, ce qui en moi n’est pas encore aligné avec Lui. Il y avait en moi des résistances dont je n’avais même pas conscience : des manières de penser, des réactions, ces « forteresses intérieures » construites au fil du temps, que je prenais pour naturelles. On peut entendre autour de soi que Dieu agit, que tout concourt au bien. C’est vrai. Mais cela n’enlève pas la réalité du processus : laisser tomber ce qui nous a construits… peut être douloureux. Se laisser transformer, ce n’est pas seulement changer quelques comportements, ou manière de penser. C’est accepter que Dieu vienne toucher l’intime, les racines, les profondeurs. Se laisser transformer touche à l’intime, à ce que l’on croyait tenir, à ce que l’on croyait être. Alors cela se vit pas à pas. À chaque instant, du mieux possible. C’est un chemin, pas un instantané. Et dans ce chemin, Dieu ne force pas : Il éclaire, Il invite, et surtout Il rend capable. Il me montre, peu à peu, là où je peux Lui faire confiance, là où je peux lâcher prise, là où je peux aussi prendre autorité et accueillir Sa liberté. Le mot qui m’est venu est celui de reddition, mais non subie mais choisie, consentie et éclairée par l’amour ! Une reddition qui devient libération !

Heureusement, le droit à l’erreur — rater la cible, tomber, se tromper — n’est pas en contradiction avec l’amour de Dieu : il est inclus dans ce chemin. C’est même parce que cet amour est inconditionnel que nous pouvons avancer sans peur, avec cette certitude, qui s’ancre peu à peu :
oui, tout concourt réellement au bien de ceux qui sont aimés de Dieu.

Avec le temps, quelque chose s’est clarifié en moi, non comme une idée à défendre, mais comme une réalité vécue. Je ne vois plus plusieurs chemins à chercher ou à construire. Je découvre un chemin qui se révèle… et qui me précède.

Et peu à peu, j’ai compris : ce chemin n’est pas une direction. C’est une personne. Yeshoua. Celui qui conduit vers le Père, non de l’extérieur, mais en nous faisant entrer dans une relation vivante avec Abba. « Moi, je suis le chemin, la vérité et la vie. » (Jean 14:6)

Alors, doucement, quelque chose a changé en moi. Je ne cherche plus d’abord à bien faire, ni même à tout comprendre. Je demeure. J’écoute. Je reçois.

Les repères, les paroles, les commandements ne disparaissent pas, mais ils prennent une autre place : ils deviennent comme des appuis, des éclairages, et non plus un poids à porter.

Ce que je vis aujourd’hui, je pourrais simplement le dire ainsi : revenir à Lui. Encore et encore.

Et apprendre à marcher là, dans cette communion, en laissant peu à peu mon propre caractère s’effacer, pour que le Sien grandisse en moi.

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