Chaque jour, ce sont les Écritures qui m'accompagnent, elles sont ma nourriture, elles deviennent mon pain quotidien et en réalité font mes délices. J’ai des versets sur les lèvres et dans la tête et souvent ils remontent au cœur au détour d’un instant. Ils sont tels des points d'appui au milieu de ce que je traverse. Et cela fait vraiment le poids face aux circonstances, car mon identité est en Christ !
Aujourd’hui, je voulais partager ma réflexion autour d’une phrase, qui bien qu’elle ne soit pas tirée de la Bible, éclaire ce que le Christ accomplit en moi.
Viktor Frankl, le psychiatre et neurologue autrichien, survivant des camps de concentration, écrivait :
« Entre le stimulus et la réponse, il y a un espace. Dans cet espace réside notre pouvoir de choisir notre réponse. Et dans notre réponse résident notre croissance et notre liberté. »
Elle me semble offrir une image très claire d'une réalité profondément humaine. Une réalité que les Écritures viennent éclairer d'une lumière nouvelle.
Il y a bien un espace.
Un espace entre ce qui nous atteint et ce que nous en faisons.
Entre une parole qui blesse et la manière d'y répondre.
Entre une peur qui surgit et le chemin que nous choisissons d'emprunter.
Entre des séries de problèmes et notre manière de leur donner tellement moins d’importance qu’à Dieu seul !
Entre une souffrance, une injustice, un découragement… et notre réponse.
Je traverse actuellement une vallée. Elle a son poids, ses incertitudes, ses endroits où l'on se découvre plus fragile qu'on ne l'imaginait. Dans ces moments-là, notre humanité se manifeste avec une étonnante sincérité. Les peurs remontent, les anciens réflexes aussi. La fatigue parle parfois plus fort que la confiance. Et je ne raconte pas cela de loin.
Je connais aussi les réactions qui dépassent la pensée, les paroles que l'on aurait voulu retenir, les blessures qui cherchent encore à se protéger. Il m'arrive de manquer la cible. Il m'arrive d'avoir envie de reprendre le contrôle, ou simplement de me décourager.
Suivre le Christ n'a pas effacé cette réalité. Mais depuis que je marche avec Lui, je découvre peu à peu que cette humanité ne résume plus toute mon identité.
C'est peut-être cela que les Écritures sont venues déposer en moi, jour après jour, lecture après lecture, méditation après médiation.
« Tu aimeras IHVH-Adonaï, ton Elohîms, de tout ton cœur, de tout ton être et de toute ta force. »
(Deutéronome 6.5)
Ce verset ne cesse de s'approfondir. Plus je le laisse descendre en moi, plus je comprends qu'il ne parle pas d'une performance spirituelle. Il parle d'une orientation. D'un cœur qui choisit, encore et encore, de se tourner vers le Père.
Puis viennent les paroles de Yeshoua : « Si quelqu'un veut venir derrière moi, qu'il se renie lui-même, qu'il porte sa croix de jour en jour et qu'il me suive. » (Luc 9.23) Elles n’invitent pas à faire semblant d’être plus forte que je ne le suis mais à choisir d’être celle que Dieu dit que je suis et à ne plus laisser ce qui monte spontanément en moi décider seul de ma manière de vivre. Voilà ce qui change.
Je reste une femme avec ses limites, ses fautes, ses blessures, ses peurs, ses combats. Rien de tout cela n'a disparu. Mais rien de tout cela ne me définit plus. Mon identité n'est plus d'abord ce que je ressens, ce que je réussis ou ce que je manque. Elle est reçue. Je suis une enfant de notre Abba Père.
Et c'est précisément dans cet espace dont parle Frankl que cette identité devient, pour moi, si concrète. Je ne choisis pas toujours bien. Mais aujourd'hui, lorsque je manque la cible, je ne peux plus faire comme si je ne le voyais pas. L'Esprit me le montre avec une précision qui n'écrase pas, mais qui conduit à la repentance. Alors reviennent ces deux paroles de Yeshoua qui deviennent comme une boussole : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu... » et « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Elles ne me condamnent pas ; elles me ramènent à l'amour. Et, dans cet espace, je peux choisir de revenir vers le Père.
Alors cette promesse d'Ézéchiel prend une profondeur délicieuse : « Je vous donnerai un cœur neuf ; je mettrai en vous un souffle neuf. J'écarterai de votre chair le cœur de pierre ; je vous donnerai un cœur de chair. » (Ézéchiel 36.26)
Je ne vois pas encore cette œuvre pleinement accomplie. Je la vois grandir lentement. Souvent de manière presque invisible. Dans un pardon accordé alors que mon premier réflexe était de me justifier pour ne pas pardonner. Dans une parole retenue. Dans une confiance retrouvée alors que l'inquiétude semblait gagner du terrain. Dans un simple « oui » murmuré au Père quand j'aurais préféré tout comprendre. Dans l'apprentissage de l'auto-compassion, qui ouvre peu à peu un chemin vers une compassion plus vraie pour les autres. Dans ces moments où je choisis de me décentrer pour m'intéresser réellement à l'autre, alors même que mon propre agenda intérieur me crie que tout est urgent.
La vallée est toujours là.
Elle est réelle.
Elle a son poids. Elle a ses larmes. Elle a ses découragements. Elle a ses épuisements.
Mais elle n'a plus le pouvoir de me dire qui je suis.
Lorsque revient cet espace entre ce qui m'arrive et ce que je choisis d'en faire, je comprends qu'il est devenu un lieu de rencontre. Le lieu où je peux, encore et encore, choisir de revenir vers le Père.
Parce qu'en Christ, je ne suis plus définie par mes peurs, mes blessures ou mes fautes. Je suis définie par Celui qui m'appelle son enfant. Et lorsque je manque encore la cible, ce n'est plus la honte qui m'attend au bout du chemin. C'est le Père. Celui qui me relève, me façonne patiemment et me rappelle, encore et encore, qui je suis en Jésus Christ. Amen !